C'est le chemin qui compte

Un extrait de C'est le chemin qui compte
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Marie Surgers
Dessins de Sophie Gaucher


3.99 euros

La meilleure nouvelle : je commence à maîtriser le code de la route syrien.
Le voici :
– Les deux seuls moments où une voiture a le droit de franchir un carrefour sans ralentir ni regarder nulle part sont : 1- au feu vert et 2- au feu rouge.
– Pour dépasser un autre véhicule, il faut passer à sa gauche, ou à sa droite, ou par-dessus.
– La vitesse maximale autorisée en ville est de 45 km/h, sauf si l’on préfère tenir une moyenne de 150.
– Le respect de la priorité est fondamental.
L’ordre des priorités est le suivant :
1- les gros camions
2- les petits camions
3- les voitures
4- les mobylettes pourraves
5- les vélos
6- les piétons.
Les micro-bus, naturellement, ne figurent nulle part dans cette liste. Le micro-bus, dans la société damascène, représente l’équivalent du joker dans un jeu de cartes, du bateleur dans un jeu de tarots. C’est l’électron libre, le grain de folie dans un sac de farine hallucinogène. Le micro-bus a priorité sur tout et tous, jusqu’à ce qu’il s’écrabouille. Heureusement, on ne tient qu’à quatorze dedans (bien serrés, les genoux plaqués sur les oreilles), donc à l’échelle de la population, ça ne fait pas une grosse perte.
J’arrive à présent à traverser la rue.

C’est le chemin qui compte est un journal de voyage drolatique et spirituel. Ce que Marie Surgers écrit est intelligent, plein de justesse et de vitalité. Captivant. Réjouissant. Elle transmet quelque chose qui la traverse, elle restitue des ambiances, des paysages, des portraits, et quelque chose de très personnel, la façon dont elle reçoit et filtre tout cela. On y apprend les subtilités de la langue arabe et les plaisirs du backgammon, on y circule en microbus, on y contemple les étoiles du désert et, une fois le livre fermé, on aspire à y retourner.

J’ai vécu à Damas au premier semestre 2010. Je tenais un blog destiné à mes proches. J’ai écrit ces textes dans une Syrie où l’idée même d’une révolution n’avait aucun sens. À l’époque, là-bas, on avait des ombres sur la langue, et certains sujets ne s’abordaient qu’ivre, tard dans la nuit et à mi-voix.
Impossible, même pour une étrangère, d’évoquer sur un réseau surveillé la visite hebdomadaire des mukhabarat, la corruption et les rumeurs de prisons secrètes.
Ce Chemin est sincère, honnête mais fragmentaire.
Marie Surgers

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